« The Social Capital School », un projet qui encourage la citoyenneté active au niveau européen

Le réseau Culture et Promotion, dont le Céas 22 fait parti, a publié un Cahier pour notre temps sur le thème « Démocratie participative, citoyenneté active » en septembre 2014. Voici un des textes de ce cahier (à télécharger ici : Cahier-pour-Notre-Temps-2014).

Auteure : Julie Geslot

Le programme Grundtvig, conçu en 2000 par l’Union européenne, avait pour objectif « d’améliorer la qualité et de renforcer la dimension européenne de l’éducation des adultes » (1). Il permettait de mettre en place des projets éducatifs (partenariats, volontariats, ateliers), mais aussi d’encourager la formation continue du personnel de l’éducation des adultes (bourses de formation, visites et échanges, stages). Financièrement, il soutenait des actions qui promouvaient, à un niveau européen, l’apprentissage tout au long de la vie.

Résultat d’une initiative citoyenne, le projet « The Social Capital School », financé par le programme Grundtving, propose de renforcer la cohésion sociale au service de l’éducation. Pendant deux ans, des acteurs de l’éducation s’engagent autour des mêmes objectifs : participer de manière active à l’évolution de la société et encourager le pouvoir d’agir du citoyen au niveau local et international.

L’origine du projet

Le projet « The Social Capital School » est né d’une volonté de renforcer le dialogue entre les parents et le monde de l’école. L’objectif était de réfléchir ensemble sur les rôles de chacun, mais aussi de prendre en compte les différents contextes et approches de l’éducation. Un nouveau concept de l’école est abordé dans ce projet : une école ouverte à tous les acteurs de l’éducation (parents, enseignants, enfants, grands-parents, travailleurs sociaux, intervenants…) travaillant en collaboration, avec, à la fois des méthodes formelles et non formelles, dans le but d’améliorer le processus de l’apprentissage. Les partenaires, issus de différents pays européens (Italie, Portugal, Espagne, Hongrie, Bulgarie) et de types de structure divers (établissement scolaire, association de parents d’élèves, ONG) ont pu, lors de cette expérience, échanger sur leurs pratiques et leurs expériences, élaborer une réflexion commune et mettre en place un projet pilote au niveau local.

Le capital social, une thématique qui n’est pas choisie au hasard

Promouvoir le capital social est une opportunité de rassembler les citoyens en les aidant à se faire confiance et en renforçant les liens qui les unissent de près ou de loin. Ce concept permet de développer la citoyenneté active et le volontariat, de renforcer la tolérance, l’inclusion, la solidarité, la compréhension mutuelle et la confiance en la collectivité et dans les relations humaines. Il favorise aussi la prise de conscience et la valorisation des connaissances acquises par la pratique. C’est autour de ces valeurs que les partenaires du projet se sont retrouvés.

« The Social Capital School » : un partenariat éducatif

Le projet « The Social Capital School » s’inscrit dans le cadre du programme Grundtvig et, plus exactement, dans la catégorie des partenariats éducatifs. Grâce à ce type de projet, au minimum trois organismes européens, travaillant dans le domaine de l’éducation pour adultes, au sens le plus large du terme, ont la possibilité de coopérer sur un projet de deux ans afin d’échanger leurs pratiques, méthodes et expériences. Ces projets représentent une opportunité de rencontre entre les partenaires et de découverte d’une autre réalité de terrain. En effet, au cours de ces deux années de coopération, les apprenants et formateurs des structures partenaires auront la possibilité de bénéficier des mobilités européennes offertes par ce type de projet. Ils pourront aussi développer et expérimenter des initiatives au niveau local, afin d’en partager les résultats à un niveau international.

Un projet en plusieurs étapes

Pendant deux ans, tous les quatre mois environ, une rencontre est organisée sur plusieurs jours dans l’un des pays partenaires. Chacune son tour, les structures assurent une fonction d’hôte et élaborent un programme mêlant à la fois découverte et travail.
La première année a été principalement consacrée à la rencontre et à la connaissance de chaque partenaire : sa culture, ses missions, sa réalité de terrain, ainsi que ses attentes par rapport au projet. Une réflexion commune a permis d’éclaircir les termes clés de ce projet (ici, la notion de capital social) et d’en dégager un axe de travail commun.
Au cours de la seconde année, les structures partenaires ont décidé de mettre en place des ateliers afin d’expérimenter de nouvelles formes d’éducation. Principalement basées sur des méthodes d’éducation non formelle, promouvant, entre autres, la participation active, ces ateliers ont pu, soit se dérouler au sein de l’école, soit en dehors. Le public cible variait selon les objectifs des structures porteuses du projet. Il pouvait n’être constitué que de personnes adultes, d’enfants, ou bien être intergénérationnel. Chaque atelier devait porter sur un sujet défini au préalable, en lien avec la notion de capital social.
Au fil de cette expérimentation, les partenaires se sont retrouvés afin d’échanger sur la mise en œuvre de leurs ateliers, leurs résultats et leurs difficultés. Lors de la dernière rencontre, ils ont présenté leur auto-évaluation au reste du groupe et le projet s’est terminé par une conférence, au niveau local, afin de partager cette expérience européenne.

Bilan du projet : des résultats très positifs

Un projet à dimension européenne avec un impact local fort
Ce projet a été si riche qu’il est difficile d’en mesurer quantitativement les résultats. On peut toutefois noter qu’il y avait six structures partenaires. De ce fait, il y a eu six rencontres internationales, quarante personnes directement impliquées dans la mise en place de ce projet, une douzaine d’ateliers organisés en partenariat avec des structures locales, dix-huit visites d’établissement, une conférence, une journée festive et de nombreuses rencontres. L’impact a été estimé de 350 à 400 personnes dans le rapport final, sans prendre en compte les initiatives mises en place à la suite de ce projet. De nombreux et divers acteurs de l’éducation se sont impliqués, ce qui a permis des échanges d’informations et de points de vue permettant d’avoir une vision globale de cette thématique. Les ateliers ont favorisé la collaboration entre ces acteurs, notamment autour du sujet : « L’école de mes rêves ». Ainsi, ils ont pu partager leurs attentes et leurs besoins tout en apprenant à mieux se connaître. Les techniques utilisées pour l’animation de ces ateliers ont favorisé la participation de chacun, en mettant toutes les personnes sur le même pied d’égalité et en instaurant des règles basées sur l’écoute, la tolérance et le respect.

Un projet qui touche les populations dites invisibles
Plusieurs partenaires travaillaient dans un environnement interculturel soit de par leur localisation géographique (école ou association située dans un quartier où se trouvent différentes communautés), soit de par leurs objectifs (inclusion sociale des migrants, lutte contre les discriminations). Par conséquent, de nombreux ateliers se sont déroulés avec un public possédant une forte mixité culturelle. Une école italienne, partenaire du projet, compte dans son école plus de vingt nationalités différentes. Elle accueille de nombreuses familles migrantes et/ou issues d’une génération de migrants. Ce projet a permis d’ouvrir les portes de l’école à ces familles qui n’y trouvent pas toujours leur place et de renforcer le lien parents-enseignants, pas toujours évident et pourtant essentiel.

Un projet qui encourage la mise en place de nouvelles initiatives
Parce que c’est un critère d’évaluation de l’Union européenne, mais aussi parce que c’était une volonté du groupe de diffuser largement ce type de projet, plusieurs productions ressortent de cette expérience : un site Internet, des guides pratiques illustrant et répertoriant les différentes étapes du projet, ainsi que les initiatives mises en place, leurs points forts et leurs points faibles. Ces documents sont gratuits et mis en ligne sur le site internet de la Commission européenne et sur le site internet « The Social Capital School » (2).

Limites et perspectives

La lourdeur administrative des projets européens
Le recours aux programmes de la Commission européenne représente une source de financements non négligeable. Cependant, encore faut-il y voir clair. Le montage de projets européens est souvent qualifié de délicat et complexe. Son utilisation requiert de bonnes connaissances en méthodologie de gestion de projet d’une part, et, d’autre part du fonctionnement global et spécifique de ces différents programmes. Chaque programme possède des règles et des conditions différentes d’éligibilité d’un projet. Une bonne maîtrise de ces conditions permet d’augmenter les chances d’obtenir un financement. Il faut savoir qu’en fonction des budgets attribués et de la demande, le taux de succès peut être limité. Enfin, comme tout financeur, l’Europe demande des comptes sur l’utilisation de ses subventions. Des productions sont à fournir en fin de projet et des audits peuvent être réalisés pendant les cinq années suivantes.

Des projets qui nécessitent une bonne trésorerie
Les financements sont généralement attribués en deux temps : 80 % du montant de la subvention accordée est versé en début de projet et les 20 % restant, s’ils sont maintenus, à la suite du rapport final. Le temps écoulé, entre l’envoi du rapport final et la réception du dernier montant, peut se compter en mois. En sachant que pour différentes raisons, cette dernière somme peut être retirée du budget initialement prévu.

Une langue commune : l’anglais

Les candidatures sont déposées, soit au niveau de l’Agence Europe-Éducation-Formation France, structure mandatée par la Commission européenne « pour assurer la promotion et la gestion de plusieurs programmes et dispositifs communautaires » (3) au niveau national, soit directement à Bruxelles. Pour certains projets les candidatures doivent être entièrement rédigées en anglais – c’était le cas pour les partenariats éducatifs Grundtvig. De plus, travailler avec d’autres structures européennes nécessite l’utilisation d’une langue commune, et, encore une fois, une bonne connaissance de l’anglais est indispensable.

Perspectives

Jusqu’à l’année dernière, le programme Grundtvig faisait partie intégrante du programme pour l’éducation et la formation tout au long de la vie. Depuis 2014, le Parlement européen a adopté Erasmus + – programme 2014-2020 de l’Union européenne, qui réunit aujourd’hui les thématiques suivantes : l’éducation et la formation, la jeunesse et le sport. Erasmus + rassemble désormais sept anciens programmes, dont Grundtvig, et bénéficie d’un budget de 14,7 milliards d’euros (deux fois plus que pour le programme Éducation et Formation tout au long de la vie 2007-2013). Cependant, cette enveloppe ne représente que 2 % du budget global des programmes européens et est estimée très en dessous des attentes des citoyens.
Après avoir été menacé de disparition le programme « L’Europe pour les citoyens » est finalement reconduit pour le programme 2014-2020. « Il vise à impliquer les citoyens dans le développement de l’Union européenne, en leur donnant les clés pour mieux comprendre l’histoire de l’Europe et son fonctionnement. Il favorisera la participation démocratique des citoyens européens » (4).


Notes

(1) – Projets Grundtvig partenariat, Grundtvig — Agence Europe-Éducation-Formation France [en ligne]. Adresse URL : http://www.europe-education-formation.fr/page/partenariats-educatifs    (retour au texte)
(2) – The Social Capital School [en ligne]. Adresse URL : http://socialcapital.europe2010-2020.eu/   (retour au texte)

(3) – Agence2E2F [en ligne]. Adresse URL : http://www.europe-education-formation.fr/page/agence   (retour au texte)

(4) – Programme l’Europe pour les citoyens [en ligne]. Adresse URL : http://www.iledefrance-europe.eu/actualites-europeennes/detail-actualites-europeennes/article/europe-pour-les-citoyens.html   (retour au texte)


Retour au sommaire du Cahier pour notre temps n°4 : la citoyenneté active (1e partie)

A propos

Pascale Perron

Chargée de développement du Céas 22, elle est titulaire du Diplôme d’Etat d’ingénierie sociale, d’une licence en Travail social et d’un DU en organisation communautaire obtenus au Québec. Elle est également formatrice et a de nombreuses expériences d’accompagnement et d’animation de collectifs, notamment dans des approches développant le pouvoir d’agir.