Les solitudes heureuses

Edgar Hopper « Room in New York »

Edgar Hopper « Room in New York »

Toutes les solitudes ne se vivent pas dans la souffrance. Il peut être salutaire d’être seul pour se retrouver soi-même, empli de notre assurance d’être en lien avec les autres. C’est ainsi qu’il est possible de vivre reclus dans la plénitude de notre lien avec l’humanité ou en contact avec notre spiritualité.

Cette capacité à remplir sa solitude de pensées, d’un monde imaginaire, de créations peut nous permettre d’être ensuite disponibles à l’autre et à la relation. Le pédopsychiatre Winnicott, cité par plusieurs experts, explique d’ailleurs la nécessité de permettre à l’enfant de développer sa capacité à supporter la solitude.

Dans nos sociétés, la vie solitaire est de plus en plus fréquente et légitime. Même si l’on continue d’associer le fait de vivre seul au malheur, au suicide, au mal être… objectivement l’isolement réel est minoritaire. Les gens vivant seuls peuvent avoir beaucoup de liens et avoir une vie sociale très importante.

La solitude est un sentiment qui existe dans le lien aux autres : ce qui fait souffrir après une séparation, ce n’est pas la solitude elle-même, mais le manque de l’autre.

L’importance de compter pour l’autre et l’assurance de pouvoir compter sur lui nous permet de vivre la naturelle oscillation entre les moments de solitude et ceux de relation. La perte de sens de nos existences, qui est liée à la solitude souffrance, accompagnerait la perte de nos liens dans les différents réseaux que nous habitons : la famille, les amis, les voisins, le travail, le monde associatif…

Aujourd’hui, selon une étude de la Fondation de France, un français sur 10 à moins de trois contacts par an. Est-ce un fléau moderne ou un choix personnel ?1

L’épaisseur et la temporalité du lien sont à prendre en compte et, au final, c’est toujours la personne elle-même qui sait ce qui répond le mieux à ses besoins. La sociologue Cécile Van de Velde donne l’exemple d’une femme en maison de retraite qui souffrait fortement de solitude et qui pourtant recevait plus fréquemment des visites que toutes les autres personnes hébergées avec elle. Dans l’échange, il est apparu que la qualité de la relation ne lui permettait pas de se sentir exister pour sa famille, elle se sentait « comme un fantôme » en leur présence. Elle était constamment rappelée à son inutilité sociale durant ces visites qui faisaient entrer le monde extérieur dont elle était privée, la confrontant à son exclusion de cette vie.


1. Le 10 avril 2013, la Fondation pour le lien social organisait le colloque « Solitudes : Fléau moderne ou choix personnel »

A propos

Pascale Perron

Chargée de développement du Céas 22, elle est titulaire du Diplôme d’Etat d’ingénierie sociale, d’une licence en Travail social et d’un DU en organisation communautaire obtenus au Québec. Elle est également formatrice et a de nombreuses expériences d’accompagnement et d’animation de collectifs, notamment dans des approches développant le pouvoir d’agir.