Le bel âge, c’est quand ? Eh bien voilà : c’est maintenant !

Mars 2015

Finalement je me rends compte qu’arrivé à mon âge, 78 ans, je suis la personne que j’ai toujours voulu être. Oh je ne parle pas de mon corps !
Certains jours, je suis désespéré en me regardant dans le miroir !
Je me console, me disant que la vraie beauté ne se voit pas.
Mes rides, mes poches sous les yeux, mon ventre qui s’arrondit, mes kilos en trop…
C’est dommage, mais c’est une réalité liée à l’âge et sans doute à des excès du passé et du présent. Il m’arrive parfois de manger un peu plus, de boire un whisky, un verre de bon vin, de recevoir et d’être reçu, finalement de faire ce qui me plaît.
Quand même quelques kilos en moins allègeraient la charge… Mais bah !
Les regrets ne servent à rien. Rendez-vous compte si rien ne changeait : quelle monotonie !

« Qu’est ce que je serais heureux si j’étais heureux ! » (C’est du Woody Allen)
J’ai toujours une épouse attentive, des enfants et petits-enfants chaleureux, des amis et amies fantastiques, une vie paisible et heureuse malgré les aléas, de merveilleux souvenirs…
Je n’échangerai jamais tout ça pour quelques cheveux gris en moins ou un ventre plat…
Plus j’avance en âge, plus je deviens mon meilleur ami, et ce qui est plaisant c’est que… cet ami ne me contredit jamais.
Je ne m’en fais plus pour un petit écart de régime, ou de n’avoir pas fait ceci ou cela ou encore d’avoir acheté une bricole inutile, dont je ne me servirai probablement pas, un livre ou une revue que je ne lirai peut-être pas…

J’ai beaucoup aimé des parents, des amis et amies qui sont partis avant d’avoir compris la grande liberté que l’âge nous apporte.

Qui ça regarde si je décide de lire ou de passer du temps sur mon ordinateur, tard le soir ou tôt le matin, parfois même de m’endormir devant.
J’écoute mes musiques et chanteurs préférés, qui ne sont pas souvent ceux du moment.
Je vais marcher, à mon rythme au bord de la mer, utilisant les agrès disposés sur la digue, faisant quelques mouvements pour me dérouiller, tout en amortissant mes impôts et à l’amusement des jeunes ou des couples âgés passant qui m’encouragent.

Il m’arrive aussi d’être étourdi, d’oublier… surtout ce qui me dérange ou m’agace.

De l’idéologie : il en faut, mais pas trop car c’est le paradis des imbéciles.
Alors j’essaye de rester serein face à ceux qui ne partagent pas mes convictions, de les écouter, mais de ne plus chercher à les convaincre, sauf s’ils soutiennent des partis extrêmes… L’humour est parfois une bonne façon de répondre.
J’ai souvent mal ici ou là. Si ça ne dure pas trop, ça donne la force d’être plus compréhensif et plus humain avec les autres.
Même si les années et le diabète, la surdité, la DMLA… n’arrangent pas mon corps, il y a tant de choses que je n’ai plus besoin d’entendre ni de voir, je fais le tri. Je suis privilégié d’avoir vécu jusqu’alors et ceci, sans doute, grâce à la médecine et aux praticiens qui m’accompagnent. MERCI ! Avec eux je surveille et soigne ce qui peut l’être, si possible, éviter le pire.
Je vois tellement de gens autour de moi qui ne rient plus et sont déjà morts avant d’avoir été heureux.

Je garde le privilège de pouvoir dire OUI ! Et celui de pouvoir dire NON !

Vieillissant ça me semble plus facile d’être positif mais il faut le vouloir fort et passer à l’acte. Je ne m’occupe plus trop de ce que les autres pensent de moi. Je n’ai plus rien à prouver à personne. J’ai même appris que parfois le mauvais pouvait être bon, surtout s’il ne fait pas de mal aux autres. J’ai encore beaucoup à apprendre des autres.
Il faut rester serein quand un ami ou une amie s’en va. Comment faire face quand la mort vous emporte vos souvenirs communs ? Je ne vais pas vivre éternellement, mais comme je suis encore là, je ne vais pas perdre mon temps à me lamenter, à m’inquiéter de ce que je ne puis changer ou de ce qui n’arrivera pas.
Seule la mort viendra : un jour ! J’ai laissé mes consignes à mes proches.
Je ne souhaite pas vivre au-delà de ce qui est humainement acceptable.
En conséquence :
Qu’on arrête tout traitement qui prolongerait une vie végétative et qu’on m’accompagne de soins palliatifs permettant une fin de vie digne et sans souffrances physiques ni psychiques.

Après la mort, contrairement à ceux qui croient savoir, moi je ne sais pas !
Si après la mort, il n’y a rien. Eh bien je serai rien et rien ne me fera de mal…
Mais si c’est aussi bien que certains le disent, alors c’est encore mieux !
Le moment venu, la mort passée, si je « vis » dans cet ailleurs, à l’instar de Mitterand, je pourrais dire : « Maintenant je sais ! »

Et Dieu dans tout ça ?
J’entends Albert Einstein qui dit : « Définissez-moi ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j’y crois » Quant à Spinoza, il dit : « Je crois en un dieu qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe et non dans le dieu qui se préoccupe du sort et des actions des hommes… » « Le silence divin s’accommode de toutes les interprétations et manipulations ». poursuit-il. Et Voltaire d’ajouter :  » Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer » .
Alors !… La fonction des croyances étant d’aider à vivre, faisons en sorte qu’elles soient vivifiantes et ne deviennent pas aliénantes et mortifères comme c’est souvent le cas.

La vieillesse étant comme un jardin… tu y récoltes ce que tu y as semé. C’est aussi comme un compte bancaire, tu y retires ce que tu y as déposé les intérêts en sus…
Si tu y as déposé beaucoup de bonheur, d’amitié, de solidarité et d’amour avant ta vieillesse, tu peux maintenant y puiser et distribuer…

Pour vivre heureux : J’essaye

De me libérer de la haine.
De me libérer la tête des soucis inutiles.
De vivre simplement et soigner mon corps, mon esprit…
De rester généreux et solidaire.
De donner plus et attendre moins de la vie.

Voilà ! Maintenant je prends mon temps, je continue de rencontrer et de m’accompagner des amis, des amies, la famille…
CAR VIVRE SANS AMIS, SANS FAMILLE, C’EST MOURIR SANS TEMOIN…

J’ai été, je suis et sans doute serai-je encore heureux un peu de temps, car le bonheur est une proposition quotidienne et pour l’atteindre rien n’est nécessaire que soi-même.

Jules Barbu

© Caspar David Friedrich – Le voyageur contemplant une mer de nuages – vers 1817, Kunsthalle, Hambourg