L’Alliance citoyenne de l’agglomération grenobloise

Le réseau Culture et Promotion, dont le Céas 22 fait parti, a publié un Cahier pour notre temps sur le thème « Démocratie participative, citoyenneté active » en septembre 2014. Voici un des articles de ce cahier (à télécharger ici : Cahier-pour-Notre-Temps-2014).

Auteure : Jacqueline Megin

Créée en 2012, après des mois d’animation dans les quartiers de Grenoble, l’Alliance citoyenne définit ainsi ses objectifs : « Face au sentiment d’injustice et aux multiples indignations citoyennes, afin de dépasser le sentiment d’impuissance et de donner des alternatives aux coups de colère isolés, l’Alliance citoyenne mène des campagnes et des actions pour l’intérêt collectif et, ainsi, développer une confiance à agir ensemble ». Elle fait le constat d’une faillite de la démocratie dans les quartiers populaires. Contrairement à une logique de l’offre qui octroie des espaces de participation où s’inscrire, il convient de substituer une logique de la demande.

Il s’agit de construire avec les habitants de l’agglomération une alliance large rassemblant les différentes formes de collectifs dans les quartiers : associations sportives, collectifs de parents d’élèves, amicales de locataires, associations d’étudiants, culturelles, religieuses… Une quinzaine de ces collectifs ont rejoint l’Alliance citoyenne en 2012. L’objectif est d’améliorer l’expression et la défense du plus grand nombre à travers la mise en place de campagnes et actions collectives non violentes pour que les citoyens deviennent force de proposition et de négociation incontournable face aux pouvoirs institutionnels et économiques du territoire. Le principe de base est que ceux qui vivent des situations à problèmes doivent eux-mêmes les résoudre. À partir d’intérêts concrets, des campagnes sont organisées. Des campagnes pour faire baisser les charges dans le logement social locatif, pour faciliter l’accès aux demandes administratives pour les étudiants étrangers, pour la reconstruction d’une école, pour l’amélioration des conditions de travail du personnel de nettoyage de la municipalité, ont été ainsi mises en place.
Les deux piliers de l’action sont l’approche relationnelle et l’organisation : se connaître, se faire confiance, s’engager dans l’action, créant ainsi un pouvoir, entrer en négociation.

                 Isolement    Organisation collective
Complexité Revendication concrète
 Impuissance        Action collective de pression
 Peur  Horizon négociation

Méthodes d’intervention

Les méthodes d’intervention sont calquées sur la méthode du community organizing développée par Saul Alinsky aux USA. Barack Obama a pu pratiquer cette méthode dans les quartiers populaires de Chicago.

Schéma général

Colère Organisation action Négociation

Repérer
Il existe peu de demande de démocratie a priori. Il faut donc identifier les personnes et initiatives qui contiennent un germe de démocratie. C’est la fonction de « tisseurs de colère » qui permet d’identifier les insatisfactions et colères par rapport au fonctionnement de la vie locale.

S’organiser
Les citoyens s’organisent et formulent une demande précise en direction des décideurs.

  • Partir des personnes directement impliquées.
  • Mobiliser les personnes indirectement touchées.
  • Sensibiliser les personnes de la solidarité communautaire et associative.
  • Toucher les personnes indignées.

Connaître les décideurs : qui ? quels leviers de décision ont-ils ? quels sont leurs intérêts ?
Des rencontres des Alliés sont organisées, où les programmes sont élaborés et discutés, ainsi que des apéros festifs. Il existe aussi une plate-forme virtuelle de travail collaboratif pour que tous ceux qui veulent donner un coup de main puissent être mobilisés.

Agir
La préparation et l’animation de l’action se font avec des « leaders sociaux » bénévoles et formés. Ils présentent le plan de la campagne projetée et discutent avec la population concernée. Il y a aujourd’hui trente volontaires issus des milieux concernés, car la connaissance des gens et la confiance due à la proximité sont cruciales. Se connaître et s’apprécier est la condition du faire ensemble.
La formation des leaders sociaux est très importante. Elle inclut des réflexions sur le pouvoir, l’action et la négociation.
Sans réponse de leur part, une action collective d’interpellation des décideurs sociaux est mise en place.

Négocier
Face au pouvoir d’expression, de mobilisation, de nuisance et de contestation des citoyens, l’élu cherche à satisfaire la demande ou à trouver un compromis. Il faut parfois insister.

Deux exemples

L’école des Buttes, dans le quartier de Villeneuve, à Grenoble, a été ravagée, en partie par un incendie. Les enfants devaient être dispersés et accueillis ailleurs. Les parents étaient en colère, avaient un sentiment d’injustice. Ils voulaient que l’école soit reconstruite. Il y a eu un refus de la municipalité. Les enfants, accompagnés de quelques parents, ont rencontré l’élu chargé de l’éducation à la mairie. Durant le conseil municipal qui traite de l’affaire, ils ont manifesté bruyamment devant la mairie, créant une situation difficile pour la municipalité qui ne pouvait les évacuer de force. L’école a été reconstruite.

Les étudiants et chercheurs étrangers étaient dans une très grande difficulté pour gérer leur situation administrative. L’Alliance a paralysé la cérémonie officielle d’accueil des étudiants et chercheurs étrangers à l’université, en organisant une « queue » et en distribuant toute une série de papiers loufoques, censés être remplis, pour dénoncer les galères administratives imposées aux étudiants étrangers. « La queue que vous avez devant vous, Monsieur le Président, n’est qu’un petit aperçu du calvaire des étudiants étrangers entre l’université et la préfecture ». À la suite de cette action, un guichet de la préfecture a été ouvert sur le campus pour faciliter les démarches administratives des étudiants étrangers.
Mathieu Ilunga, responsable de l’Alliance, définit ainsi l’organisation de la démocratie contestataire : « La prise en compte des revendications sur un large territoire, l’appui de toutes les communautés ancrées dans ce territoire ; une approche tout terrain dans des domaines aussi variés que l’éducation, l’emploi, le transport, le logement… L’indépendance vis-à-vis des décideurs et la prise en compte de la diversité ».
Ce sont les fondamentaux pour construire un contre-pouvoir face aux décideurs.


Retour au sommaire du Cahier pour notre temps n°4 : La citoyenneté active (1e partie)

A propos

Pascale Perron

Chargée de développement du Céas 22, elle est titulaire du Diplôme d’Etat d’ingénierie sociale, d’une licence en Travail social et d’un DU en organisation communautaire obtenus au Québec. Elle est également formatrice et a de nombreuses expériences d’accompagnement et d’animation de collectifs, notamment dans des approches développant le pouvoir d’agir.